PIANOS ESTHER

La plus ancienne maison de pianos de Wallonie
Agence Rönisch

 


Feurich

Manufacture de pianos fondée à Leipzig en 1851


Quand Tradition et Innovation mènent à la confusion.



La production originelle des pianos Feurich en Allemagne déclinera progressivement à partir des années 1990. Elle sera arretée totalement en 2013. La marque commerciale Feurich subsistera. Désormais, elle est utilisée par un investisseur chinois et elle est apposée sur des pianos produits par la fabrique chinoise Hailun à Ningbo. Ces instruments n'ont plus grand chose à voir avec la traditionnelle facture allemande des pianos Feurich, le nom n'étant repris que pour l'intérêt de sa consonnance germanique.


Ces pages, comme toutes celles du site, ont été composées avec le plus grand soin. Les données sont toutes référencées et documentées. Nous ne nous éloignons jamais pour le contenu historique du texte produit par Feurich (Entwicklungsgeschichte der Feurich Klaviere und Flügel seit 1851 - Histoire du développement des pianos Feurich, fichier pdf de 47 pages, en allemand, créé en 2003 et provenant du site Internet Feurich). Malgré toute notre attention, aucune garantie totale ne peut être affirmée quant à l'absence d'erreurs ou d'inexactitude des informations données. Il va de soi que les règles de l'Union Européenne nous excluent de toute responsabilité pour des dommages directs ou indirects résultant de l'utilisation de cette page Feurich, tant que ceux-ci ne sont pas dus à un comportement intentionnel ou relevant d'une grave négligence. Toute rectification d'une information qui s'avèrerait éventuellement inexacte sera effectuée dans les plus brefs délais.



Détail d'une en-tête de facture de la manufacture Julius Feurich, 1899.
Collection Carl Esther.


La sympathique et renommée marque de pianos Feurich est à nouveau à un carrefour de son existence. En effet, selon la revue spécialisée Euro-piano, à partir de septembre 2011, la marque de pianos Wendl & Lung s'effacera au profit d'une ligne de pianos qui portera le nom Julius Feurich. Les pianos marqués Wendl & Lung, fabriqués en Chine, dans la ville de Ningbo, s'attribuaient avec ce que certains qualifiaient d'exagération des racines viennoises ; les mêmes, ornés de la marque allemande Feurich, se présentent sous des atours germaniques... Compliqué ? Non ! Il suffit de regarder les trois images suivantes :


  

 
Ces trois photos de la partie médiane du cadre métallique des pianos, où les cordes se croisent, montrent les similitudes
entre un piano Hailun (marque d'origine), un piano Wendl & Lung (marque commerciale autrichienne) et un « nouveau » Feurich (marque commerciale allemande). Il s'agit en fait de trois pianos présentant une structure identique fabriqués sur les chaînes de montage de l'usine Hailun à Ningbo en Chine.


La conception et la commercialisation de la ligne chinoise de Feurich présentent toutes les habiles subtilités, parfois machiavéliques diront certains, du marketing et de la publicité modernes : à côté d'une fabrication chinoise du bas de la gamme qu'il offre, Feurich poursuivrait une fabrication strictement allemande, réalisée en territoire allemand en petite quantité (on peut cependant poser la question : pourquoi ne se retrouve-t-il pas membre du BVK, Bundesverband Klavier e.V., Association des Fabricants de Pianos allemands ?). Ces Feurich allemands « originaux » relèveraient du haut de gamme. Les pianos chinois qui portent la marque Feurich n'ont pas beaucoup de points communs avec ces pianos, sauf qu'ils exhibent la même marque. Leur niveau de qualité n'est pas mis en question, mais on peut penser que c'est comme si Porsche se prenait à vendre des petites Fiat 500 et que celles-ci porteraient l'écusson au cheval ailé de la firme de Stuttgart...

En fait, selon des sources parfaitement établies, l'opération est une coopération du propriétaire de Feurich et de la société d'importation de pianos chinois Wendl & Lung, basée à Vienne, alliés aux derniers descendants des familles de facteurs de pianos Ibach et Feurich, avec le fabricant chinois Hailun de Ningbo (République populaire de Chine). Le pilote de l'opération serait un groupe dirigeant de Wendl & Lung. Ce tout nouveau partenariat a pris pour devise : Tradition et Innovation. La TRADITION réside dans le maintien d'une fabrication Feurich à Gunzenhausen (Franconie moyenne/Bavière – BRD). Ces pianos fabriqués dans l'esprit originel de Feurich, quand ils seront effectivement fabriqués, seront marqués du sigle anglophone « Handmade in Germany ». L'INNOVATION consiste en l'importation de pianos fabriqués en Chine dans l'usine Hailun à Ningbo. Cette ligne de pianos est « régie », pour employer le terme utilisé dans la publicité de Feurich, par des collaborateurs de l'atelier de Gunzenhausen en Allemagne. Cette ligne de pianos ressemble à s'y méprendre à celle des anciens Wendl & Lung, ainsi qu'à celle des pianos Hailun originaux. Les pianos importés de Chine qui porteront la marque Feurich sont destinés à l'élargissement vers le bas de la gamme de pianos offerte par Feurich, tandis que les Feurich fabriqués en Allemagne, en petites quantités et selon des critères « hauts de gamme », se verraient confier un rôle de faire-valoir sensé tirer les prix du bas de la gamme vers le haut en apportant de la notoriété. Wendl & Lung, dans ce processus financier, semble garantir les bonnes relations entre la nouvelle société Feurich et le fabricant chinois Hailun, qui serait en fait vraisemblablement l'acteur principal. La marque Wendl & Lung sera mise vraisemblablement en sommeil à l'avantage exclusif du nom Feurich, plus porteur commercialement et dont le rapport à l'histoire de la facture du piano est prestigieux (le nom Ibach, plus prestigieux encore, est aussi appelé en renfort). Le basculement de tous ces noms est déjà établi dans la presse publicitaire spécialisée de France qui ne décerne plus de prix à Wendl & Lung, mais bien à Feurich ! La revue spécialisée EURO-PIANO (avril-juin 2011) laisse lire à propos de ce tournant : « les pianos droits et à queue jusqu'à présent vendus sous la marque Wendl & Lung et produits par Hailun à Ningbo, en Chine, sont proposés dès à présent sous la marque Feurich ».

Dans cette situation ambiguë, la confusion malheureuse a toutes les chances de l'emporter. Il reste à espérer que les vendeurs de pianos Feurich, dont l'honnêteté n'est pas à mettre en doute, expliciteront à leurs clients l'état des faits (ce qui ne sera ni évident ni facile...). Rappelons qu'en 1892, il y a plus de cent ans, la fabrique Feurich, alors à Leipzig, avait lancé le slogan prémonitoire : Mein Feld ist die Welt  (mon champ d'action est le monde) avec l'image d'un oiseau de proie agrippant le globe terrestre.


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Quant à l'histoire de la firme Feurich depuis l'origine, la voici :

Julius Gustav Feurich ouvre en 1851 un atelier de fabrication de pianos dans la banlieue de Leipzig. Son père et son grand-père travaillaient déjà dans le secteur de la fabrication de pianos. Lui-même, lors de son apprentissage, passa chez Pleyel, le célèbre fabricant de pianos parisien. L'entreprise Feurich ne cesse de croître pour atteindre le sommet de son développement en 1911 avec la construction d'une nouvelle fabrique de pianos modernes : 360 travailleurs s'y activent et produisent 800 pianos droits et 400 pianos à queue par an. La firme Feurich dispose à Leipzig de sa propre salle de concert et sa notoriété est au zénith. Au cours des années 20, des représentations de Feurich sont présentes aux quatre coins de monde : Australie, Russie, Indes britanniques et même à Osaka (Japon) avec la firme Miki Sasuke. A cette époque un accord particulier fut cellé entre les six firmes suivantes : Bechstein, Blüthner, Feurich, Grotrian-Steinweg, Ibach et Steinway. Il en resortit par après que ces six entreprises furent considérées comme étant à la pointe du secteur du piano en Allemagne.




Réclame de la manufacture de pianos Feurich, Leipzig, 1924.
Collection Carl Esther.


Après quelques bonnes années pendant la décennie 1920-1930, les pianos Feurich vivent une lente descente aux enfers. La production s'effondre et, le 5 décembre 1943 c'est la destruction totale de la firme sous les bombes alliées : les bâtiments de la Kolonnadenstrasse sont réduits à néant jusque dans leurs fondations. Après la guerre, le redéploiement de la firme Feurich, située dans la zone est-allemande d'occupation soviétique, s'avère difficile, bien que des pianos Feurich resortent sur le marché. Des contacts sont présentis à l'Ouest, à Langlau notamment où la firme Euterpe a pieds et propose de fabriquer les Feurich. La famille ne veut pas entrer dans le jeu des nationalisations organisées par le gouvernement est-allemand. En 1959, la quatrième génération des Feurich abandonne son lieu d'origine, quitte la République démocratique allemande, passe à l'Ouest et s'engage dans une nouvelle histoire. Une nouvelle ère de Feurich voit le jour à Langlau en Franconie moyenne (BRD). Cette renaissance se fait en réalité dans le cadre d'une communauté d'intérêts économiques. La revue DAS MUSIKINSTRUMENT (mars 1980, page 505) présente ainsi les participants de Langlau à la Frankfurter Messe (Foire internationale de Francfort) : « Quatre grands noms (du piano) se sont unis depuis des années avec la production et l'offre de la firme Euterpe de Langlau : Feurich, Haegele, W. Hoffmann et Euterpe même (...) Pour Julius Feurich, un des dirigeants de la firme (Euterpe), la Foire de Francfort est très importante (...) ».

Trente années après sa fondation, le groupe Euterpe sera confronté à des difficultés diverses et, en 1992-1993, après diverses péripéties (Bechstein fabrique alors les Feurich), il sera démantelé. Dans la suite des difficultés de Bechstein alors au bord de la faillite, l'usine de Langlau est fermée. La marque W. Hoffmann est utilisée par C. Bechstein qui l'utilise comme deuxième marque. Haegele semble disparaître, tandis que Feurich redevient indépendant. Mais Bechstein produira encore des Feurich (modèles 121 et 197) jusqu'à la fin 1994. Feurich érige alors à une dizaine de kilomètres de Langlau, dans la localité de Gunzenhausen, une petite unité de production. Y sont mis en oeuvre des pianos de type « haute couture »... mais l'activité est réduite, peut-être à de la seule finition, et la notoriété de Feurich, encore vive au cours des années 80, s'étiole et se perd peu à peu.

Des projets pour survivre sont recherchés. Ainsi, on peut lire dans la revue spécialisée DAS MUSIKINSTRUMENT (février-mars 1993) à la rubrique Nouvelles à propos des entreprises et de leur personnel  : "La Leipziger Pianofortefabrik GmbH (càd. Rönisch et Hupfeld) de Saxe et la J. Feurich Pianofortefabrik GmbH à Gunzenhausen (Bavière) ont commencé depuis des années une collaboration enrichissante (...) Les pianos Feurich seront à l'avenir fabriqués par la Leipziger Pianofortefabrik selon les principes développés par Feurich (...) La Leipziger Pianofortefabrik (Rönisch) assurera les traditionnels hauts standards de qualité des pianos Feurich". Ce qu'a donné exactement ce retour aux sources de la cité de Jean-Sébastien Bach est peu documenté, mais la firme Rönisch, vieille voisine de Feurich lorsque celle-ci était encore à Leipzig, asssurera la production des modèles 114 et 116. Ainsi, à la Foire de Francfort en 1994, Feurich a pour la première fois depuis longtemps son propre stand. Peu après la petite implantation Feurich à Gunzenhausen assurera la finition des pianos venant de Rönisch à Leipzig et disposera de son propre espace de fabrication et de vente. Dans les années qui suivent, les différents modèles Feurich furent remaniés et perfectionnés sur le plan technique et acoustique et la finition (gefertig) réalisée dans les ateliers franconiens. Les ateliers de Gunzenhausen furent agrandis en 2002 pour pouvoir y réaliser la finition des pianos à queue. Quoiqu'il en soit, en 2002, la firme chinoise Shanghai Artfield Co. Ltd acquiert J. Feurich, si l'on se fie à ce qu'elle indique sur son site Internet (2011). Puis en 2010, sous la dénomination Klavier-u. Flügelfabrikation GmbH, des accords sont passés où sont impliqués Wendl & Lung et le chinois Hailun. Le nom Feurich sera apposé sur des pianos fabriqués par Hailun en Chine. MM. Julius Feurich et Rolf Ibach sont associés au projet, notamment pour apporter leurs conseils et expertises, au-delà de leur notoriété nominale. Est-ce la Shanghai Artfield Co. Ltd qui est la vendeuse ? Quoiqu'il en soit, les pianos chinois transiteront par des centres de distribution comme par exemple celui situé en Suisse : le Feurich Pianos Logistic and Technical Center près de Lausanne. Jusqu'il y a peu de temps encore, sous un autre nom, ce centre distribuait des pianos marqués Wendl & Lung. Sur des sites Internet, on peut lire des présentations, reprises en boucle, de pianos Feurich fabriqués en Chine : dans le cas d'un site de tête, sur plus de sept cents mots, dans un panégyrique de la fabrication Feurich, le mot 'Chine' n'apparaît pas une seule fois ; le mot "Asie", une fois ; le mot "allemand", six fois et les références au pays de Goethe plus de dix fois ! Sur un autre site, le Feurich 122 est décrit comme « une copie » autorisée des modèles originaux produits par Feurich et Ibach ! Plus loin, on peut lire : « ... il offre un toucher aux caractéristiques typiques aux modèles originaux allemands ; il offre un son typiquement allemand grâce à l'utilisation de feutre de marteaux pressé à froid. » En bref, on pourrait imaginer que la copie chinoise, s'il y a copie, vaut mieux que l'original ! Ces instruments ne sont pas du tout les mêmes. La preuve en est donnée par les prix (relevés en septembre 2011) :


Feurich 115 poli noir (fabriqué en Chine par Hailun)
2 990 € (www.pianoshop.fr - membre des Maîtres du Piano)
Feurich 116 E poli noir (fabriqué en Allemagne ou du moins
dont "la finition" a été faite en Allemagne à Guzenhausen)
11 880 € (www.pianohaus-hamann.de)




L'association des fabricants de pianos allemands dispose d'un site Internet complet (www.pianos.de).
La notion "made in Germany" y est parfaitement définie.

L'histoire de Feurich a commencé à Leipzig en 1851. Elle est confrontée aujourd'hui à la mondialisation dans laquelle la Chine tient une place importante. Mais le patchwork économique chinois est complexe, tout n'y est jamais clairement dit sur les liens économiques réels. La nouvelle société Klavier-u. Flügelfabrikation GmbH peut se comporter en héritière irréprochable des pianos Feurich en fournissant le tracé exact de son origine et de sa composition, ainsi que des fabrications qui portent le nom Feurich ou Julius Feurich dans le monde sur la page historique de son site Internet. Cela s'inscrirait en bonne concordance avec la mémoire des pianos Feurich.

La commercialisation de plusieurs niveaux de fabrication, dans toute une série de secteurs économiques, pose un problème éthique. Ainsi, les marques de l'industrie du textile (Calvin Klein, Diesel, Ralph Lauren, etc.), à côté de leurs collections spécifiquement marquées, écoulent des stocks de deuxième et troisième qualité, par rapport à la qualité de référence, notamment pour les déstockages et les soldes (émission de la RTBF - Radio Télévision Belge - du 14/09/2011). Ces pratiques aboutissent selon les journalistes enquêteurs soit pour les uns à berner les consommateurs, soit pour les autres à permettre de laisser rêver ceux d'entre-eux qui s'y laissent prendre. Les acheteurs d'un Feurich, fabriqué sur une chaîne du fabricant chinois Hailun, sont semblables à ces derniers. Ils auront le nom pour rêver, pas le niveau de qualité, ni l'origine géographique que la marque semble promettre.



DERNIERES REFLEXIONS :

La publicité pour les pianos Feurich produits en Chine par la fabrique Hailun prend des proportions importantes notamment dans les magazines spécialisés. Après ce qui est explicité ci-dessus, quelques interrogations méritent d'être posées :

  • 1. Pourquoi la fabrication "allemande" de Feurich ne fait-elle pas partie de celles de l'Association des Facteurs allemands de Pianos (BVK - www.pianos.de) ? Est-ce dû à l'absence d'une fabrication 100 % allemande ou à l'utilisation importante de composants asiatiques dans sa fabrication ? Réponse en 2015 : la fabrication allemande à Guzenhausen, si elle a jamais existé, est déclarée aujourd'hui complètement arrêtée !

  • 2. A qui appartenait la marque Feurich et l'usine de Gunzenhausen au cours des années 2002-2011 ? Quel a été le rôle de la firme chinoise Shanghai Artfield durant cette période ?

  • 3. "L'usine" de Guzenhausen est-elle limitée au hall d'environ 40 x 20 mètres repris ici de Google Earth ? S'agit d'un simple hall de stockage ? Réponse en 2015 : il n'y a plus aucune fabrication de pianos à Guzenhausen d'après un revendeur de la marque Feurich.



  • Le petit bâtiment marqué A correspondrait au hall de fabrication des Feurich Handmade in Germany,
    situé au n°6, an der Stemme, à Guzenhausen (Allemagne).
    Source : Google Earth octobre 2011.

  • 4. Combien de pianos Feurich - made in Germany - ont été produits à Guzenhausen (Allemagne) entre 2002 et 2010 ?

  • 5. Est-il vrai que le projet de fabriquer un (1) piano à queue de concert à Guzenhausen avec les conseils de M. Paulello tient, selon ce qui se dit sur des forums de discussions sur Internet, du seul marketing ? Réponse en 2015 : ce projet relevait uniquement de la com...

  • 6. Depuis la commercialisation des Feurich - made in China -, combien de pianos Feurich - handmade in Germany - ont été produits ? Réponse en 2015 : zero depuis 2013 d'après les déclarations d'un revendeur de la marque commerciale Feurich.

  • Quoi qu'il en soit les propriétaires actuels de la marque Feurich développent une publicité forte et active qui s'inscrit dans les mêmes intérêts publicitaires que Wendl & Lung...





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