PIANOS ESTHER

La plus ancienne maison de pianos de Wallonie
Agence Rönisch

 


Bernard

Maison de pianos à Liège


A Liège, les Bernard forment une famille à deux branches : l'une active dans la lutherie et l'autre dans le commerce de pianos. Le magasin de pianos situé rue des Guillemins, d'abord au n°51 puis au n°67 (env. 1920 - env. 1992) était bien connu des Liégeois. La vue ci-dessous, allant de la gare des Guillemins au boulevard d'Avroy, laisse voir le magasin du n°51.



  
On discerne l'enseigne PIANOS accrochée à la façade de la 3ème maison à partir de la droite qui ne possède pas de balcon.
Cette vue date de 1926 lors des inondations de la ville de Liège.
Carte postale - Collection Carl Esther.


L'histoire de cette famille est complexe et est largement décrite par Malou Haine dans le Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique (éd. Mardaga, 1986). Malheureusement, Malou Haine reprend sans aucune vérification les données fournies par le seul Jacques Bernard, le dernier luthier de la famille. Or Jacques Bernard était un peu mythomane et l'histoire des Bernard consignée par lui est loin d'être serieusement documentée. Jacques Bernard se voyait en luthier compétent, renommé, prestigieux descendant d'une lignée de tradition. Dans sa quête de notoriété, il embellit, enrichit et transforme la biographie de sa famille en s'en faisant le principal protagoniste. Ainsi les articles consacrés à la famille Bernard dans le Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique, qui reprennent quasiment le texte fourni par Jacques Bernard à Malou Haine, comportent environ 200 lignes pour l'ensemble de la famille (13 membres) dont plus de 140 (75%) aux seuls Jacques Bernard (lui seul 25% !), Joseph Bernard, son frère, et André Bernard, son père. Seulement 20 lignes sont attribuées à la lignée la plus productive (Victor, Charles, Carlo, Yvan et Didier)... Il est vrai que Jacques Bernard ne s'entendait pas très bien avec Charles ! Ainsi dans la légende reconstituée, le frère de Jacques, Joseph, mort à 29 ans, aurait fabriqué plus de 110 violons, altos et violoncelles à Rosoux (Hesbaye) dans une propriété familiale des Bernard. Qui a connu la propriété de Rosoux dans les années 1950 n'y a jamais vu les vestiges d'un atelier de lutherie, le bois ou les outils pour produire 110 instruments en 9 ans !




Vue sur la terrasse arrière de la propriétaire de Jacques Bernard à Rosoux, 1951.
La famille de Fr. Esther, qui tenait alors son magasin de pianos rue des Clarisses, attablée en présence de Jacques Bernard debout.


Sous la baguette magique de Jacques Bernard, relayé par Malou Haine, des accordeurs ou réparateurs deviennent des fabricants de pianos... mais la collection d'instruments de Jacques Bernard elle-même n'a jamais compté un seul piano manufacturé par un Bernard... Il serait intéressant de découvrir enfin un de ces instruments qui auraient effectivement été fabriqué à Liège par un Bernard. Et ce ne sont certes pas les pianos de la manufacture gantoise Van Hyfte vendus à Liège assortis d'une barre d'adresse avec en lettres de cuivre le nom Charles Bernard qui peuvent être pris en compte. En Belgique, une grande partie de la production de la fabrique de pianos Van Hyfte de Gand fut livrée sous le nom de revendeurs (Bernard, Dereusme, Massart, Schultz...) et de marques commerciales (Favart - Paris, Richter, Rinaldi - Paris, Steinbach... et cent autres noms).




Inscription en lettres de cuivre de la marque du marchand, incrustée dans le cylindre en bois de placage de noyer,
d'un piano provenant de la fabrique de pianos gantoise Van Hyfte, c. 1920.
Photo collection Carl Esther.



Plaques d'adresse de Charles Bernard, c. 1930-1990.
Collection Carl Esther.



Facture de la maison A la guitare royale — André Bernard, luthier, 1907.
Collection Carl Esther.


Quoi qu'il en soit, nous savons qu'André Bernard (1866-1959) tint un magasin et un atelier boulevard de la Sauvenière n°150, essentiellement dédiés à la lutherie puis avec son fils Joseph un magasin dans la rue Saint-Paul au n°13, également essentiellement de lutherie. Jacques, le second fils, pris le relais à la suite de la mort prématurée de Joseph (1940) et à la retraite de son père dans l'immeuble de la rue Soeurs-de-Hasque n°14 relié à celui de la rue Saint-Paul. Par contre, plusieurs membres de la famille eurent une activité directement liée aux pianos (accord, vente, entretien, réparation), mais pas de fabrication. Dans cette lignée, Charles Bernard fit fructifier un magasin de pianos, rue des Guillemins, qui devint, après l'extinction de la maison Renson dans les années 1930, une maison renommée et importante à Liège. Ses deux fils, Carlo et Yvan, poursuivirent le développement de l'activité dans la même rue des Guillemins jusqu'à la cessation du commerce à la fin du XXème siècle. Le flambeau de la famille Bernard fut repris par Didier Bernard qui se forma au métier de son père sous la conduite éclairée de son oncle Carlo Bernard à partir des années 1990.



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