PIANOS ESTHER

La plus ancienne maison de pianos de Wallonie
Agence Rönisch

 


Alexander Herrmann

Manufacture de pianos fondée à Sangerhausen en Thuringe (Allemagne) en 1903



 
Vue de la manufacture de pianos Alexander Herrmann au coin de la Bahnhofstraße et de la Pfingstgruberstraße, vers 1900.
Carte postale, collection Carl Esther.

La région allemande de la Thuringe a été un brillant foyer de la facture de pianos. De Nordhausen à Eisleben, ville natale de Martin Luther, en passant par la Goldene Aue (la vallée dorée) aux contreforts du Harz où des paysans wallons se seraient illustrés, la fabrique de pianos Alexander Herrmann tient une place importante. Dans la petite ville de Sangerhausen, la fabrication de pianos remonte haut dans le XIXème siècle : des pianos tables sont encore conservés avec leur barre d'adresse d'origine. A Sangerhausen, au début du XXème siècle, le milieu de la facture du piano avait en mémoire un "Vati" Jahn ("Papa" Jahn), un vieil artisan de légende qui savait faire tout seul un piano...

Un marchand de pianos Georg Schaedl et un accordeur de pianos Foelsche sont cités dans le Weltadressebuch der Musikinstrumentindustrie de Paul de Wit (Leipzig) à la date de 1886 comme étant actifs à Sangerhausen.

Un bâtiment dans la basse ville de Sangerhausen portant l'inscription Bornkessel est visible sur une carte postale des années 1890. Hermann Bornkessel naquit en 1845. Il est le fils d'un facteur de pianos et de mécanique qui s'était installé à Sangerhausen en 1835 et qui avait étudié auprès de son oncle Warmholz, un des premiers constructeurs de pianinos et de pianos-harmoniums.

Carl Salomo Warmholz (1778-1854) naquit à Edersleben, près de Sangerhausen. Talentueux dessinateur et peintre, il suivit une formation auprès du fabricant d'instruments de musique Knauer à Naumburg a. Saale. Menant une vie très active, on le retrouve à la bataille de Jena, puis à Weimar. Brillant constructeur d'instruments de musique et de mécaniques, il s'intéresse aussi au magnétisme et à l'électricité (c'est ainsi qu'en 1831 il brancha un "soleil électrique" sur l'hôtel de ville de Eisleben qui éclaira toute la place du marché de la ville). C'est auprès de cet oncle génial que C.H. Bornkessel, le père de Hermann Bornkessel, viendra étudier la construction des pianos. Hermann Bornkessel succédera à la direction de la fabrique de pianos de Sangerhausen dans les années 1870. La firme Julius Blüthner lui confiera alors la représentation de ses prestigieux pianos pour la région de Sangerhausen. Le fabricant de pianos Hermann Bornkessel décéda, en 1903, sans descendance. La firme fut alors reprise par Alexander Herrmann. Le même bâtiment de la rue de la Gare (Bahnstrasse) est alors modernisé et on y perçoit l'inscription Alexander Herrmann - Hof Piano Fabrik. Alexander Herrmann sera considéré comme le fondateur de la fabrique moderne de pianos de la ville de Sangerhausen. La ville a la rose pour emblème (Rosenstadt - Sangerhausen : la ville est riche d'une des plus renommées collections de roses), et fut un centre minier, ce qui explique que le cadre en fonte des pianos est souvent paré de cette fleur et des outils de mineurs. En 1903, la fabrication des pianos portant la marque de fabrique Alexander Herrmann démarre avec une numérotation déjà élevée à 2 280... Elle s'achèvera 90 ans plus tard, en 1993, des suites de la réunification allemande : la privatisation de l'entreprise ayant signé son arrêt de mort. Au cours de son existence, la manufacture aura fabriqué plus de 75 000 pianos.

La firme s'honorera du titre de fournisseur de la cour du roi et du comte de Saxe (Kgl. u. Herzogl. Hofpianofortefabrik). Otto Esther et ses fils dont Karl-Friedrich Esther y travaillèrent jusqu'en 1922 quand ce dernier rejoint la Belgique pour être actif chez le fabricant de pianos Lucien Oor à Bruxelles, puis chez Renson à Liège, et fonde ensuite sa propre entreprise en 1933 à Liège. La maison de pianos Esther & Fils trouve une bonne part de ses racines dans ce passé.

Après la deuxième guerre mondiale, la fabrique de piano Herrmann, qui aura échappé aux destructions du conflit, continuera d'être dirigée par un fils du fondateur et cela se poursuivra sous le régime communiste de la R.D.A. après 1949. Puis en 1972, les pianos Alexander Herrmann seront nationalisés puis intégrés dans la Volkeigenebetrieb Deutsche Piano-Union (Leipzig). En 1976, une unité de fabrication moderne, très intégrée et organisée avec un système de tapis roulants, viendra se substituer aux ateliers repartis dans la ville. La réunification allemande, en 1989, portera un coup fatal à l'industrie du piano à Sangerhausen. L'usine fermera définivement ses portes en 1994.

Parmi les productions des pianos Herrmann, les pianos sans barrage à cadre ceinturant ont une place particulière avec leur son chaud et profond. Des pianos avec un contre-sillet traversant le cadre métallique ou avec des cordes de passage filées de laiton rappellent les recherches acoustiques que faisait Alexander Herrmann. Après la fermeture la marque fut malheureusement vendue à des marchands-importateurs qui l'utilisèrent pendant quelques années comme marque commerciale de pianos fabriqués en Chine... qui n'avaient plus aucun rapport avec les traditions et les qualités de la firme thuringienne. A ce propos, il y a bien lieu de différencier des marques de pianos de même consonance telle Herman, Herrman & Co, Adolph ou Rud. Herrmann, ou encore Hermans & Sons, etc. qui sont soit des marques de fabriques secondaires, ou des marques commerciales ou d'importateurs. Loin de tout cela, la firme Alexander Herrmann repose désormais dans le grand livre de l'histoire des pianos en Europe.





 

 
Feuillets publicitaires de la manufacture de pianos Alexander Herrmann, 1971.
Collection Carl Esther.



En-tête de lettre de la manufacture de pianos Alexander Herrmann, 1992.
Collection Carl Esther.



Une des rues de la ville de Sangerhausen face à un terril fait des déchets des mines de cuivre de la région.
Photo collection Carl Esther.



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