PIANOS ESTHER

La plus ancienne maison de pianos de Wallonie
Agence Rönisch

 


Wilh. Steinberg

Une manufacture de tradition à racines multiples





Historiquement, la marque Steinberg fut celle d'une dizaine de sociétés et d'usines de pianos indépendantes. Depuis le fin du XIXe siècle, Steinberg fut apposée en vraie marque sur des pianos de fabrications différentes à Berlin, à Leipzig, à Eisenberg... Une importante usine de Berlin, fondée en 1908, livra sous la vraie marque Steinberg plus de quatre-vingt mille pianos et cessa de fabriquer après la seconde guerre mondiale. Des anglais devinrent propriétaires du nom et des fabricants tels que Rodgers, Bentley et, depuis 1993, Whelpdale, Maxwell & Co. Ltd l'utilisèrent. A Liège, la maison Schultz vendit de ces instruments, fabriqués en Angleterre, qui portaient sur le cadre de fonte un macaron rouge et or avec l'inscription : "Steinberg - Established in Berlin - since 1908".




  
Extrait d'un catalogue de vente Steinberg & Co, Berlin, vers 1925.
Collection Carl Esther.



Une autre fabrique portant le nom Wilhelm Steinberg exista à Eisenberg, en Thuringe. Elle ferma ses portes en 1930. La Ville d'Eisenberg était réputée pour ses fabriques de pianos. De 1850 à nos jours, on peut en dénombrer plus d'une quarantaine, aujourd'hui toutes disparues. Un dicton disait que dans chaque fabrique de pianos dans le monde, il y avait un facteur de pianos originaire d'Eisenberg. A la suite de fermetures, de faillites, de rachats ou de fusions, il ne resta finalement plus qu'une seule usine à Eisenberg, sous le régime de l'Allemagne de l'Est (D.D.R., 1949-1989) qui utilisa pour sa production les différents noms de marques renommées de Eisenberg tombées dans son giron : Geyer (1877-1990), Weissbrod (1884-1937), Fuchs & Mörs (1921-1959), Albert Finger (1887-1972), Ammer (clavecin, 1930-1973), etc. La marque Steinberg fut aussi utilisée comme celle, éponyme, d'Eisenberg. La firme nationalisée portait la dénomination VEB Eisenberger Pianofabrik, entreprise d'état.

La marque Steinberg a de fait des racines multiples et ceci conduit parfois à beaucoup de confusions. Ainsi, elle est aujourd'hui arc-boutée sur les nobles traditions de la facture de pianos de la Thuringe, particulièrement des villes de Eisenberg et de Jena : une nouvelle société a pris le nom Wilhelm Steinberg. La numérotation de ces pianos se poursuit sur celle de la fabrication berlinoise, d'après Das Klavier-Lexikon. Sous le label Wilhelm Steinberg, beaux pianos droits et à queue, depuis 1877, de Thuringe, la nouvelle société distribue plusieurs qualités de pianos : les uns sont entièrement made in Germany, d'autres sont des "bas de gamme" fabriqué en Chine et entre les deux il y a des "hybrides", pianos dont la finition serait faite à Eisenberg et qui se parent outrancièrement du label Made in Germany... Dans ces conditions, il devient difficile de s'y retrouver pour un client non professionnel, surtout si la confusion est entretenue par le vendeur et que celui-ci joue avec les prix... et valorise à son profit le bas de gamme avec le haut de gamme. Vieille technique commerciale que l'on connait aussi chez Yamaha.




Vue de l'usine Weissbrod à Eisenberg.
Extrait du catalogue Weissbrod, 1910.
Collection Carl Esther.


    
Couvertures de prospectus des fabriques Fuchs & Möhr (1954) et Finger (1961).
Collection Carl Esther.



Feuillet publicitaire : modèle Dresden sous la marque Geyer, 1972.
Collection Carl Esther.


Sous le régime est-allemand (1949-1989), la production fut sans cesse modernisée. Elle monta jusqu'à 7200 instruments par an (1985) et l'usine de Eisenberg employa jusqu'à plus de 300 personnes. Après la réunification de l'Allemagne (1989), la fabrique prit la dénomination Eisenberger Pianoforte GmbH. Son personnel et sa production fondirent (moins de 85 ouvriers pour moins de 1500 pianos par an). Elle fut privatisée le 1er janvier 1993. Elle devint la Wilh. Steinberg AG et aujourd'hui la Thüringer Pianoforte GmbH. La firme reprend alors les anciens numéros de la manufacture de Berlin, selon Das Klavier-Lexikon, éd. 1993. Sous la houlette d'un homme d'affaire dynamique, elle fut remodelée. Elle disposa de nouveaux outils de production et joua, avec l'aide de l'Etat allemand et du Land, le rôle de gardienne de la tradition de la facture du piano d'Eisenberg.




Logo de l'Eisenberger Pianofortefabrik GmbH, 1990.
Collection Carl Esther.

Aujourd'hui, sous la dénomination Steinberg, on retrouve des qualités de pianos très diverses, du bon piano allemand au bas de gamme asiatique : Wilh. Steinberg Level IQ, Wilh. Steinberg Level II (AC), Wilh. Steinberg Level III (P). On peut regretter que le label "Made in Germany" est utilisé de façon très élastique... Tel piano qui porte la marque Wilh. Steinberg est-il tout à fait allemand, à moitié européen, très peu allemand, tout à fait asiatique ?



Encart publicitaire de Wilh. Steinberg, 2010.
Collection Carl Esther.


Rien ne définit peut-être mieux les problèmes que posent les pratiques commerciales de ce type que ce billet du journal Le Monde du 6 mai 2010 :

"Une chaussure partiellement fabriquée en Tunisie avec du cuir chinois et "finie" à Paris ou à Lyon peut-elle bénéficier du label " Made in France" ? En ces temps de mondialisation et de délocalisation, les consommateurs ne savent plus sur quel pied danser. Chargé de réfléchir à une meilleure traçabilité des produits, l'ancien ministre Yves Jégo propose un système de gradation, avec une, deux ou trois étoiles. Le client saurait, en somme, si sa chaussure est un peu, assez ou très française.

Voici venu le temps des appellations semi-contrôlées, des demi-garanties et des certifications d'origine incertaine. Un produit peut être bleu, blanc, mais pas rouge. Nous sommes d'ailleurs environnés de matériaux composites et de moteurs hybrides. C'est l'heure du melting-pot et du métissage.

Voici surtout venu le temps des mélanges de genres. La télé nous a appris à confondre réalité et fiction, journalisme et divertissement. Internet nous offre un cybercafé du commerce, ouvert 24 heures sur 24, riche en vrais mensonges et fausses vérités. Chacun y décerne ses propres labels, matin, midi et soir, avec ou sans étoiles. "

(Billet de Robert Solé extrait du journal Le Monde daté 6 mai 2010.)



Aujourd'hui, à côté de la marque Wilh. Steinberg (WST) qui présente des fabrications de qualité très diversifiée (fabriquées en Allemagne, en Chine, etc.), on trouve les marques Gehr. Steinberg (100% chinois) et Carl Steinberg (100% chinois). Ô confusion bien entretenue !




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