PIANOS ESTHER

La plus ancienne maison de pianos de Wallonie
Agence Rönisch

 


Pleyel

Manufacture de pianos fondée à Paris en 1807



La manufacture de pianos Pleyel, Wolff, Lyon et Cie cessa d'exister comme telle en 1961. Ce qui en subsistait encore en 1970 dans le cadre de l'association Gaveau-Erard-Pleyel fut dispersé et vendu à l'encan. La banque du Crédit Lyonnais organisa cette faillite en veillant à ses seuls intérêts : la facture française de pianos avait vécu.

Trente ans passèrent.

Agissant dans l'ombre de la rénovation de la Salle Pleyel à Paris, une grande fortune française lança un nouvel atelier de fabrication de pianos. Celui-ci fut conçu comme un atelier de haute couture avec tout le marketing que cela suppose. La marque Pleyel fut achetée au consortium italien qui la possédait et depuis lors cette fabrication se targue de poursuivre l'épopée Pleyel. Cela va jusqu'à se faire reconnaître par l'État français comme EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) et s'attribuer sans nuance une histoire vieille de plus de deux cents ans. C'est une falsification de l'Histoire, quelque soit la qualité des pianos sortant de la "nouvelle manufacture Pleyel". Puis, malheureusement, en 2013, la fermeture définitive est annoncée...



Ignace Pleyel
(1757-1831)


Ignace Pleyel voit le jour à Rüppersthal, près de Vienne, en 1757. Doué pour la musique, il est l'élève de Joseph Haydn avec qui il gardera sa vie durant une relation d'amitié et de confidence. A 27 ans, ses quatuors lui valent l'admiration de Mozart : "Quel bonheur pour la musique" écrit Mozart à son père. Compositeur de renom, Ignace Pleyel s'établit à Paris en 1795 comme éditeur. Il constituera un fonds riche de plusieurs milliers d’œuvres qui fut dispersé en 1834.




Frontispice d'une édition de quatuors d'Ignace Pleyel.


En 1807, Ignace Pleyel apporte son argent à Charles Lemme, facteur d'instruments originaire de Braunschweig (Allemagne). Lemme est installé à Paris depuis 1799. Un premier piano portant les noms réunis de Charles Lemme et de Ignace Pleyel sera construit. C'est le premier d'une fabrication de pianos qui dépassera, 170 ans plus tard, les 200 000 exemplaires.

L'association d'Ignace Pleyel avec Karl Lemme s'arrête cependant en 1808. Peu de temps auparavant, fin 1807, Ignace Pleyel s'est installé dans ses propres ateliers grâce à l'aide financière d'amis musiciens dont Méhul, Kalkbrenner et Rossini. Il cède alors totalement à la passion qu'il avait découverte lorsqu'il habitait Strasbourg : la facture de pianos. Il délaisse la composition et sa maison d'édition. Le succès ne se fait pas attendre. En 1813, six ans après la fondation de son atelier, malgré quelques difficultés, Ignace Pleyel, alors âgé de 56 ans, écrit à son fils Camille : J'arriverai facilement à cinquante pianos cette année-ci.

A partir de 1813, Ignace Pleyel se retire progressivement de ses activités parisiennes. Il confie à son fils, Camille Pleyel, ses intérêts commerciaux. Camille Pleyel, pianiste de talent, va désormais se consacrer au développement de la manufacture de pianos. Les relations d'amitié et d'estime qu'il entretient avec les grands musiciens de l'époque (Kalbrenner — qui par ailleurs fonde en 1829 avec Camille Pleyel la Société Ignace Pleyel & Compagnie —, Cramer, Moscheles, Chopin, Rossini, Herz, etc.) lui permettent d'accentuer le caractère foyer d'art de la maison Pleyel.




Camille Pleyel
(1788-1855)




En-tête de facture d'Ignace Pleyel & Compagnie - Magasin de Musique et d'Instrumens (sic), 1829.
Collection Carl Esther.


A Paris, comme partout en Europe, c'est la mode des salons musicaux. Les salons de musique des aristocrates où le musicien est traité comme un valet relèvent du passé. A Paris, la Révolution de 1789, puis le régime napoléonien, a permis l'émergence des salons bourgeois où le musicien est considéré et vénéré comme un artiste.



   
A gauche, salon aristocratique de musique de cour (Georg Platzer - 1740). Dans ce cadre luxueux et très hiérarchisé, on remarque que le peintre a commis une erreur dans la représentation du clavecin dont les longues cordes de basse sont situées à droite. A droite, salon bourgeois (Jospeh Danhauser - 1840).
Cette représentation commandée par le facteur de pianos Conrad Graf laisse voir Liszt au piano sous un titanesque buste de Beethoven.
Les personnages représentés de gauche à droite sont Alexandre Dumas père, Berlioz, George Sand, Paganini, Rossini et Marie d'Agoult au pied du piano.


A ces salons succèdent de petites salles de musique où le piano est roi. Bientôt les fabricants de pianos (en 1820, il y en a une trentaine en France et plus de deux cents en 1850) ont chacun leur petite salle. Ils y organisent des concerts publics qui permettent d'écouter et d'apprécier les différents pianos. Ainsi Erard, Herz, Gaveau, Bord, Kriegelstein... et des dizaines d'autres. Et parmi ceux-ci le salon de musique Pleyel de la rue Cadet brille de mille feux. Le 26 février 1832, Frédéric Chopin y donne son premier concert parisien.




Le dépôt des bois et la scierie de la fabrique de pianos d'Ignace Pleyel, rue des Portes-Blanches se développent à partir de 1828.
On distingue ici les piles de bois en cours de séchage à l'extérieur, le séchoir, et la scierie avec l'horloge. L'atelier de fabrication des pianos d'Ignace Pleyel ne cesse de se développer. Sur les sites des Portes-Blanches, de la rue Marcadet et de la rue Rochechouart, les ateliers prennent de l'importance : plus de 200 ouvriers y sont employés.



La fabrique de pianos Pleyel. La construction des barrages.
Extrait de l'Illustration du 9 juin 1855, p. 364-365. Collection Carl Esther.



La fabrique de pianos Pleyel. L'atelier des tableurs.
Extrait de l'Illustration du 9 juin 1855, p. 364-365. Collection Carl Esther.



La fabrique de pianos Pleyel. L'atelier de fabrication des claviers.
Extrait de l'Illustration du 9 juin 1855, p. 364-365. Collection Carl Esther.


En décembre 1839, les affaires fructifiant et avec l'aide de nouveaux associés (dont Kalkbrenner), la première salle Pleyel est inaugurée avec un concert pour huit pianos et trente deux mains ! Le complexe de la rue Rochechouart dispose désormais d'une grande salle de 550 places, la deuxième salle au monde dédiée à la musique (un an après celle d'Henri Herz). Une autre salle, plus petite, sera consacrée à l'audition des pianos, au siège de la succursale Pleyel rue Richelieu. La salle Pleyel de la rue Rochechouart fonctionnera jusqu'en... 1927 lorsque lui succède la grande salle Pleyel de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Pendant ses quatre-vingt dix ans d'existence, elle aura accueilli une pléiade de musiciens : Herz, Hiller, César Franck, Cramer, Moschelès, Liszt, Rubinstein, Camille Saint-Saëns, Ysaÿe, Debussy, Manuel de Falla, Cortot, Wanda Landowska, Robert Casadesus, Arthur De Greef, Stravinski. Frédéric Chopin y donna son dernier concert en 1848...




Façades de la maison Pleyel rue Rochechouart n°22-24 abritant une partie des ateliers de la fabrique de pianos, une salle d'exposition
et la salle de concert.
Extrait de l'Illustration du 9 juin 1855, p. 364-365. Collection Carl Esther.



Vue romantique de la salle de concert Pleyel, Rochechouart à Paris.
Extrait du catalogue Pleyel, Wolff & Cie - Facteurs de pianos, Imprimerie Adolphe Lainé, Paris, 1870, p. 7.
Collection Carl Esther.



La salle de concert Pleyel, rue Rochechouart à Paris.
Extrait de DE FOURCAUD, L., POUGIN, Arthur et PRADEL, Léon, Pleyel, Wolff & Cie. 1807-1893 , Librairies-imprimeries réunies, Paris, 1893.
Collection Carl Esther.



Salon principal de la succursale Pleyel, rue Richelieu n°95, à Paris.
Extrait de l'Illustration du 9 juin 1855, p. 364-365.
Collection Carl Esther.


Une place particulière doit être faite à l'épouse de Camille Pleyel, Marie Pleyel, née Moke, qui fut une brillante concertiste. Félix Mendelssohn voulut conduire l'orchestre qui l'accompagnait au Gewandhaus de Leipzig ; à Vienne, Liszt s'assit auprès d'elle pour lui tourner les pages. Marie Pleyel était le gracieux Ariel de Berlioz. Elle fut reconnue à travers toute l'europe pour sa virtuosité exceptionnelle, après Clara Schumann.




Marie-Félicité-Denise Moke, épouse de Camille Pleyel
Pour en savoir plus sur Marie Pleyel : cliquez ici


Tout le symbole de l'art de Pleyel, dans cette première moitié du XIXe siècle, est dans la célèbre phrase de Chopin : Quand je me sens en verve et assez fort pour trouver mon propre son à moi, il me faut un piano Pleyel. La ballade en fa majeur, op. 38, une des plus belles œuvres de Chopin, fut composée à Majorque et jouée alors sur un Pleyel que Camille Pleyel lui avait envoyé. Camille Pleyel a l'art de la communication : ses pianos ne sont pas meilleurs que bien d'autres de l'époque, mais il en fait parler. Il développe un cercle de musiciens amis qui le soutient et assure son succès commercial. Henri Herz, mutatis mutandis, procédera de même. Par ses relations, Camille Pleyel permet également à sa manufacture de pianos de disposer des investissements financiers nécessaires à son développement. C'est ainsi qu'il adjoint à la direction de la manufacture Auguste Wolff et divers associés.




Piano à queue Pleyel, n°7267 (1839),
ayant appartenu à Frédéric Chopin



Médaillon sculpté par Clésinger pour le tombeau de Chopin au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
A la mort du grand artiste, ses amis et ses admirateurs ont ouvert une souscription pour lui élever un monument.
Le reliquat de la somme ainsi recueillie a été déposé dans la maison Pleyel qui s'est chargée de l'entretien du monument.



Le Quatuor Ysaÿe et Claude Debussy au piano à la salle Pleyel de la rue Rochechouart à Paris, 1893.
De gauche à droite : Eugène Ysaÿe, le violoncelliste Joseph Jacob, MM. Crickboom et Van Hout et Claude Debussy assis au piano.



Le piano à queue Pleyel, n°18 169 (1852),
ayant servi à César-Auguste Franck de 1871 à 1890.








Auguste Wolff
(1821-1887)


A la mort de Camille Pleyel (1856), la manufacture de pianos Pleyel est prise en mains par Auguste Wolff qui était associé à sa direction depuis plusieurs années. Wolff est un excellent musicien. Homme intelligent et passionné de progrès techniques, il est bien introduit dans le monde musical. Il est le trésorier de la puissante SCM, Société des Compositeurs de Musique. Son épouse est la nièce d'Ambroise Thomas, célèbre compositeur d'alors, auteur de l'opéra Mignon d'après Wilhelm Meister de Goethe (1866).




En-tête d'une facture de la manufacture Pleyel, Wolff et Cie datée de 1862.
Collection Carl Esther.


Auguste Wolff dispose également des relais financiers qui vont lui permettre de mettre Pleyel sur orbite industrielle. C'est l'époque de l'Exposition universelle de Londres (1862) avec son grand dôme de verre. Pleyel y glane une prize medal. En France, c'est le temps du second Empire avec Napoléon III. Paris prépare la grande exposition universelle de 1867, au cours de laquelle les fabrications françaises de pianos, dont Pleyel, seront confrontées à la venue de Steinway de New York.




Le palais couronné du dôme de verre de l'Exposition universelle de Londres, 1862.



Piano à queue Pleyel présenté à l'Exposition universelle de Londres en 1862.
Extrait du catalogue Pleyel, Wolff & Ccie - Facteurs de pianos, Typographie Georges Chamerot, Paris, 1875.
Collection Carl Esther.


En 1865, sous la direction de Wolff, une usine moderne de près de 60 000 mètres carrés est bâtie à Saint-Denis (à comparer avec le nouvel atelier de 1 200 m2 en 2009 de l'autoproclamée nouvelle manufacture Pleyel...) : machines à vapeur, dynamos électriques, vaste zone de stockage (4 000 m3 de bois), canalisations de chauffage et d'air comprimé, etc. Pleyel atteint le stade industriel. En 1866, un pic de 3 000 pianos produits dans l'an est atteint. Il ne sera jamais plus réellement dépassé.




Vue générale des chantiers et usine de la manufacture de pianos Pleyel, Wolff & Cie à Saint-Denis, Paris.
Extrait du catalogue Pleyel, Wolff & Cie - Facteurs de pianos, Imprimerie Adolphe Lainé, Paris, 1870, p. 9.
Collection Carl Esther.



Chantier couvert de la manufacture de pianos Pleyel, Wolff & Cie à Saint-Denis, Paris.
Extrait du catalogue Pleyel, Wolff & Cie - Facteurs de pianos, Imprimerie Adolphe Lainé, Paris, 1870, p. 13.
Collection Carl Esther.



Usine Pleyel à Saint-Denis. Un coin du chantier des bois de chêne.
Extrait de DE FOURCAUD, L., POUGIN, Arthur et PRADEL, Léon, Pleyel, Wolff & Cie. 1807-1893 , Librairies-imprimeries réunies, Paris, 1893, p. 113.
Collection Carl Esther.



Usine Pleyel à Saint-Denis. Débit d'un tronc d'arbre à la scie verticale.
Extrait de DE FOURCAUD, L., POUGIN, Arthur et PRADEL, Léon, Pleyel, Wolff & Cie. 1807-1893 , Librairies-imprimeries réunies, Paris, 1893, p. 109.
Collection Carl Esther.



Atelier des ferreurs et des finisseurs de la manufacture de pianos Pleyel, Wolff & Cie à Saint-Denis, Paris.
Extrait du catalogue Pleyel, Wolff & Cie - Facteurs de pianos, Imprimerie Adolphe Lainé, Paris, 1870, p. 15.
Collection Carl Esther.



Atelier des tableurs de la manufacture de pianos Pleyel, Wolff & Cie à Saint-Denis, Paris.
Extrait du catalogue Pleyel, Wolff & Cie - Facteurs de pianos, Imprimerie Adolphe Lainé, Paris, 1870, p. 15.
Collection Carl Esther.



Atelier des caissiers-monteurs de la manufacture de pianos Pleyel, Wolff & Cie à Saint-Denis, Paris.
Extrait du catalogue Pleyel, Wolff & Cie - Facteurs de pianos, Imprimerie Adolphe Lainé, Paris, 1870, p. 15.
Collection Carl Esther.


Usine Pleyel de Saint-Denis
Autre vue gravée du même atelier des caissiers-monteurs de la manufacture de pianos Pleyel, Wolff & Cie à Saint-Denis, Paris.
Extrait de L'illustration du 2 avril 1870, p. 248.
Collection Carl Esther.



Atelier des caissiers-plaqueurs de la manufacture de pianos Pleyel, Wolff & Cie à Saint-Denis, Paris.
Extrait du catalogue Pleyel, Wolff & Cie - Facteurs de pianos, Imprimerie Adolphe Lainé, Paris, 1870, p. 15.
Collection Carl Esther.


Pleyel produit de très beaux pianos qui font l'admiration des artistes. Ils se retrouvent dans les salles de concert du monde entier. Conçus selon des normes de technicité élevées, les pianos se perfectionnent, évoluent et se modernisent. Ils n'ont plus grand chose à voir avec la production de Camille Pleyel. La recherche de la clarté et de la précision caractérisent le son Pleyel (luminosité, élégance, aigus cristallins) démarqué des sons boisés qui restent l'attribut de beaucoup de pianos de l'époque et à l'opposé du son tonitruant de Steinway. Ce sont en fait des pianos développés, à la suite des modèles de Camille Pleyel, par August Wolff. Si la marque Pleyel se maintient, les cadres métalliques vont bientôt laisser lire dans leur masse de fonte : Pleyel, Wolff et Cie. De même, pour les inserts en cuivre...

Vers 1850 sort des catalogues de vente richement illustrés. Ces catalogues montrent sous forme de fines gravures l'ensemble des modèles de pianos droits et de pianos à queue disponibles pour la clientèle. Dans un format in-quarto, typographié par Georges Chamerot à Paris, les modèles de pianos fabriqués par Pleyel se retrouvent ainsi, par exemple, dans ce rare catalogue. On remarque que les noms Pleyel et Wolff sont clairement mis sur un même pied et le terme facteur écrit au pluriel.




Page de couverture du catalogue Pleyel, Wolff & Ccie - Facteurs de pianos, Typographie Georges Chamerot, Paris, 1875.
Collection Carl Esther.







Modèles de pianos extraits du catalogue Pleyel, Wolff & Ccie - Facteurs de pianos, Typographie Georges Chamerot, Paris, 1875.
Collection Carl Esther.







Gustave Lyon
(1857-1936)


Auguste Wolff meurt en 1887. Gustave Lyon, son gendre, polytechnicien et brillant acousticien, prend sa succession et poursuit le développement de la maison Pleyel qui produit, en sus des pianos, des harpes, des clavecins et des pianos automatiques à rouleaux perforés (Pleyela). La production de Pleyel atteint 100 000 pianos en 1890 et se maintient en production annuelle à un haut niveau (près de 3 000 pianos par an en 1914). L'usine emploie environ 800 personnes.

L'Exposition internationale de Paris en 1900 met en évidence l'ensemble décoratif d'Art nouveau de Siegfried Bing. Sur l'Esplanade des Invalides, le décorateur Siegfried Bing dispose la Maison de l'Art Nouveau, qui donnera son nom à cet art moderne né à la soudure du XIXème et du XXème siècle. La maison se divise en six pièces. Le salon, entièrement dessiné et conçu par Siegfried Bing et Edouard Colonna, met en évidence un piano Pleyel (n°123 308) en bois de citronnier et marqueterie, "d'un style très réussi, d'une nouveauté sage, d'un équilibre savant et sans la moindre excentricité", pour reprendre la formule de la Revue des Arts décoratifs.



  
Entrée de la Maison de l'Art Nouveau de Siegfried Bing et son salon
avec le piano Pleyel n°123 308 à l'Exposition internationale de Paris - 1900.



Le piano Pleyel dessiné par Bing et Colonna est exposé dans notre magasin.

Pour en savoir plus sur le piano Pleyel de Siegfried Bing, cliquez ici.




Piano à queue Pleyel présenté à l'Exposition universelle de Paris 1900.
Composition de A. Tassu et sculpture de A. Methet.

"Dans ce Piano, la caisse n'est pas d'une forme sensiblement différente de la forme habituelle, la structure intime de l'instrument ayant été volontairement respectée de façon rigoureuse. La partie basse, au contraire, qui doit supporter un poids relativement considérable, a été l'objet d'une recherche de composition écartant le principe classique des trois pieds, dont l'aspect est toujours maigre en regard du volume de la caisse : des membrures prennent naissance aux quatre points d'appui sur le sol, se courbent et se pénètrent en des sections plu sou moins fortes, selon les nécessités de la construction, et composent ainsi une sorte de soubassement à la fois solide et élégant, qui paraît bien répondre à sa destination. Un parti intéressant a été tiré de l'emploi des charnières, qui s'étalent en manière de pentures sur la grande surface du couvercle, dont elles diminuent la monotonie. Toute la décoration a été inspirée de la flore marine, dont la souplesse se prêtait heureusement à une adaptation naturelle aux courbes du meuble. Les parties planes, en érable, ont reçu un décor très fondu d'algues, à peine indiquées dans la transparence d'une teinte verte très rompue, tandis que toutes les membrures sont en acajou naturel de Tabasco. La note discrète des bronzes, dont le ton d'or rose s'harmonise bien avec celui du bois, complète la richesse d'aspect recherchée dans la composition et le fini de ce meuble, destiné à figurer à l'Exposition de 1900, où il fut un des plus beaux spécimens des Pianos exposés par la Maison Pleyel."

Réclame extraite de la revue Art et Décoration, mars 1903.
Collection Carl Esther.



Piano droit Pleyel présenté à l'Exposition universelle de Paris 1900.
Composition de A. Tassu.


En 1907, la manufacture de pianos Pleyel fête son centième anniversaire. L'Art décoratif, revue de la Vie artistique ancienne et moderne, consacre à cet événement un article illustré de plusieurs pianos dont les meubles sont exceptionnels. Ainsi en est-il du piano à queue dessiné par l'architecte et décorateur liégeois Gustave Serrurier-Bovy. Ce piano, dont le meuble en bois de padouk est orné de sculptures d'Oscar Berchmans et de peintures d'Emile Berchmans, est exposé dans l'ensemble muséal du Grand Curtius à Liège. Cliquez ici.




Piano à queue Pleyel dessiné par l'architecte et décorateur liégeois Gustave Serrurier-Bovy, 1901.
Visible dans les Collections du Grand Curtius à Liège.



Usine Pleyel à Saint-Denis. Carte postale, c. 1910.
Collection Carl Esther.



Usine Pleyel à Saint-Denis. Carte postale, c. 1915.
Collection Carl Esther.



Usine Pleyel à Saint-Denis, 1922.
La vue présente montre l'entrée de l'usine ici au centre de l'image avec l'arbre.



Une des salles d'exposition et de vente de la maison Pleyel, rue Rochechouart n°22 à Paris, 1912.
Extrait de Les grandes usines de France. Usines de Saint-Denis de la manufacture Pleyel-Lyon & Cie. Pianos & Harpes, Publications Gorce, juin 1912.
Collection Carl Esther.



Piano à queue de concert Pleyel, modèle 1 (2m 78), vers 1910.


Clavecin Pleyel - 1938
Clavecin Pleyel, 1938.


Gustave Lyon n'a de cesse de perfectionner les processus de fabrication et l'outillage. Il est sensible à ce que la science peut apporter notamment dans le domaine de l'acoustique. Des succursales sont établies à Londres et à Bruxelles. Les années 1920 marquent l'apogée de Pleyel. La marque parisienne rayonne sur le monde musical. L'impact de Lyon est tout aussi important que celui de son beau-père : les cadres en fonte des pianos à queue figent le logo PWL et Cie, c'est à dire Pleyel Wolff Lyon et Cie,qui se retrouve aussi en toutes lettres sur les tables d'harmonie et les cadres des pianos droits. En fait, on peut dire qu'après les instruments conçus par Ignace et Camille Pleyel on est passé à l'ère d'Auguste Wolff, puis à celle de Gustave Lyon .



La marque Pleyel Wolff Lyon & Cie inscrite sur une table d'harmonie
La marque Pleyel Wolff Lyon & Cie inscrite sur la table d'harmonie d'un piano droit n° 136 236 (année 1906).


La marque Pleyel Lyon & Cie (P L Cie) coulée dans un cadre en fonte
La marque Pleyel Lyon & Cie (P L Cie) coulée dans le cadre en fonte d'un piano à queue Pleyel.


Paris, 1925 : l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes va faire date. Très différente des expositions organisées jusqu'alors, elle oblige les exposants, non pas d'accumuler dans des stands une production hétérogène, mais a contrario de présenter des ensembles conçus en fonction d'un tout bien défini. Pleyel prend magistralement part à cette orientation esthétique. Huit instruments, dont le meuble a été dessiné par des architectes décorateurs renommés, prennent place dans des ensembles de style différent.




Vue de la devanture du magasin Pleyel en situation, lors de l'Exposition des Arts décoratifs de Paris 1925, au milieu du pont Alexandre III.
Carte postale, 1925. Collection Carl Esther.



Devanture du magasin des pianos Pleyel à l'Exposition des Arts décoratifs de Paris 1925.
Le magasin des pianos Pleyel faisait partie de la Galerie des Boutiques disposée sur le pont Alexandre III.
Extrait de HERBST, René, Devantures, vitrines, installations de magasins à l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs Paris 1925, 1926.
Collection Carl Esther.


1926 : Pleyel sort de nouveaux modèles qui deviennent des références. Parmi ceux-ci, les célèbres modèles F et P. Le modèle F sera fabriqué à près de 6500 exemplaires jusqu'en 1961 date à laquelle Pleyel est rattaché à la société Gaveau-Erard.



  
Catalogue des modèles Pleyel dont les célèbres modèles F et P, 1927.
Collection Carl Esther.


1927 : Pleyel délaisse les locaux de la rue Rochechouart et la célèbre salle presque centenaire qui a contribué à sa renommée pour un projet ambitieux : créer un véritable Temple de la Musique. Comme le souligne la revue La Construction Moderne : l'immeuble Pleyel du Faubourg Saint-Honoré dont la grande Salle Pleyel est incontestablement le clou est inaugurée en 1927. Elle est alors la plus grande salle de concert au monde, mais unique par son acoustique, ses dimensions, son genre de construction et sa décoration. Elle aura coûté l'équivalent de 20 millions de nos euros actuels. Un incendie va la ravager le 19 juillet mais sa structure en béton armé résistera et, dès 1929, elle sera à nouveau opérationnelle pour près d'un demi-siècle. S'y feront entendre : Brailowsky, Cortot, Claudio Arrau, Horowitz, Yves Nat, Vlado Perlemuter, Arthur Rubinstein, Schnabel, Manuel de Falla, Honegger, Poulenc, Ravel, Schoenberg, Strawinsky, etc. A l'aube du IIIe millénaire, elle sera rénovée : c'est l'actuelle Salle Pleyel dont la gestion et la programmation sont confiées à la Cité de la Musique.




Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.



Façade de l'immeuble Pleyel rue du Faubourg Saint-Honoré, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.



La rotonde d'entrée de la Salle Pleyel, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.



Salle d'exposition des pianos Pleyel au deuxième étage de l'immeuble Pleyel, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.



Rotonde d'exposition des pianos Pleyel au deuxième étage de l'immeuble Pleyel, c. 1927.
Pleyel propose plus de 500 pianos en exposition.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.


Salle Chopin de l'immeuble Pleyel - 1927
Salle Chopin de l'immeuble Pleyel, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.


Salle Debussy de l'immeuble Pleyel - 1927
Salle Debussy de l'immeuble Pleyel, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.


Alfred Cortot dans son studio personnel de l'immeuble Pleyel - 1927
Alfred Cortot dans son studio personnel de l'immeuble Pleyel, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.


Igor Strawinsky dans son studio personnel de l'immeuble Pleyel - 1927
Igor Stravinsky dans son studio personnel de l'immeuble Pleyel, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.


Tout au long de l'âge d'or de Pleyel (env. 1890 - 1929) de nombreux décorateurs ou architectes d'intérieur dessinent des modèles pour Pleyel. Pleyel, en précurseur, s'est attaché au problème du meuble du piano, dont l'architecture propre et les formes extérieures sont étroitement liées à sa structure interne. En s'en remettant aux plus audacieux et aux plus réfléchis des architectes d'intérieur tels Maurice Dufrène, Paul Follot, René Joubert, Jacques-Émile Ruhlmann, René Herbst, Süe et Mare, René Prou, etc. du soin de réaliser des chefs-d'œuvre, Pleyel fit un effort considérable pour insérer les pianos dans les courants de l'Art moderne. D'autres architectes habillèrent Pleyel : citons le liégeois Gustave Serrurier-Bovy dont la réalisation (1902) de style Art nouveau est exposée au musée Le Grand Curtius à Liège. Tout récemment, avec la nouvelle société Pleyel, d'autres noms signent des meubles pour Pleyel : Andrée Putman, Marco Del Re, Aki Kuroda, Jean Cortot, Thibault Desombre, etc.




Piano à queue Pleyel dessiné par René Prou dans un salon particulier, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.



Piano à queue Pleyel dessiné par Jacques-Emile Ruhlmann dans un salon particulier.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.



Piano à queue Pleyel dessiné par Süe et Mare dans un salon particulier.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.



Pierre LEGRAIN dessine pour la manufacture Pleyel un piano dont le meuble combine le cuivre doré et le verre.
Ce piano, doté d'un mécanisme automatique à rouleaux Pleyela, habita l'hôtel particulier de l'avenue Montaigne de Pierre Meyer
et fut présenté en 1929 à l'Exposition « Les Cinq » à la Galerie La Renaissance.
Pour en savoir plus cliquez ici.



Pleyel présente à l'Exposition internationale de Paris (1937) un piano monopode fabriqué sur les plans de Paul Follot.


En 1927, l'incendie de la salle Pleyel — remise en état en 1929 — est le présage d'une descente aux enfers. Gustave Lyon et ses associés ont sans doute vu trop grand et ils n'ont ni vu venir la crise de 1929, ni pressenti l'évolution du monde musical. Pour payer ses dettes, Pleyel est démantelé... Le complexe de la Salle Pleyel passe aux mains du Crédit lyonnais en 1934 qui le gérera jusqu'en 1998. Le scandale de la banque du Crédit lyonnais en 1995 mènera à sa vente. La manufacture, quant à elle, a déjà déposé son bilan un an auparavant, en 1933. La société qui reprend l'usine Pleyel tente de résister à la crise. Pleyel absorbe les pianos Bord (qui avait vu le jour en 1844 avec un ancien contre-maître de Pleyel...), deuxième fabricant français d'alors avec une production cumulée de 135 000 pianos. Pleyel réalise aussi l'acquisition du célèbre facteur d'orgues Cavaillé-Coll. La création du nouveau modèle droit Studio s'inscrit également, par la recherche d'un mobilier adapté aux habitations modernes, dans les efforts pour survivre.






Plans et coupes du piano Studio à clavier rentrant de Pleyel, années 1930.


Pleyel se lance aussi dans la fabrication de postes de radio, de phonographes et même de télévisions par sa filiale Pleyel-Plastique dans les années 1950 (Pleyelrama).




Magasin de phonographes dans l'immeuble Pleyel, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.


Magasin de radios dans l'immeuble Pleyel - années 1930
Magasin de radios dans l'immeuble Pleyel, c. 1927.
Extrait de la brochure Pleyel 1807, s. d. [c. 1927].
Collection Carl Esther.


Magasin de radios dans l'immeuble Pleyel - années 1930 
Le phonographe électrique Pleyel.
Extrait du catalogue Pleyel - Modèles courants , s. d. [c. 1930].
Collection Carl Esther.


Piano Cortolette à clavier rentrant de Pleyel - 1933
Piano Cortolette à clavier rentrant de Pleyel, 1933.
Le meuble renferme un appareil de T.S.F., un phonographe électrique avec pick-up, un haut-parleur dynamique et autres accessoires.
Le clavier est rentrant et le meuble fermé dissimule phono, haut-parleur, radio et pédalier.


Modèle de télévision Pleyelrama
Modèle de télévision Pleyelrama, fin des années 1950.


La demande de pianos a fortement baissé au cours des années 1930. Aux misères de la guerre de 1940-45 s'ajoutent l'incendie du dépôt de bois de Saint-Denis en 1945 et la difficile reprise de l'industrie du piano dans les années 1950. Pleyel est en difficulté. Ses efforts de diversification ne résolvent rien. La firme ne cesse de tituber.



Vue aérienne de l'usine Pleyel de Saint-Denis - 1938
Vue aérienne de l'usine Pleyel de Saint-Denis dans sa plus grande expansion en 1938.
Le carrefour Pleyel actuel se trouve au centre, tiers inférieur.


Chantier de bois de l'usine Pleyel de Saint-Denis en 1938
Chantier de bois de l'usine Pleyel de Saint-Denis en 1938.


Billes d'acajou de huit tonnes à l'usine Pleyel en 1938
Billes d'acajou de huit tonnes à l'usine Pleyel en 1938.


Malheureusement, la société Pleyel ne se concentre pas sur le cœur de son métier. Elle se disperse, allant jusqu'à fabriquer un téléviseur en 1958... Elle fait aussi des erreurs : ainsi, en 1950, elle lance une catastrophique mécanique contenant des pièces en plastique de mauvaise qualité qui dégrade son image de marque. Elle ne reçoit pas les soutiens financiers nécessaires, ni de l'Etat, ni de ses banquiers. Moribonde la firme va disparaître en 1961, reprise par la société Gaveau-Erard, née de l'alliance de deux malades un an plus tôt (1960). Ainsi 1961 est la date de la fin de l'aventure, même si des modèles Pleyel, avec la marque Pleyel, continuent à être produit au cours des années 1960. Un dernier piano à queue de concert, le A. L. (2,78 cm) sort en 1969 !

Englobant Pleyel, une nouvelle société Gaveau-Erard-Pleyel a été fondée le 3 mars 1961 : c'est l'alliance de trois paraplégiques que l'Etat français et les banques vont regarder mourir lentement de belle mort. En 1971, la société Gaveau-Erard-Pleyel arrête toute fabrication de pianos. Elle fait fabriquer les pianos portant ses marques par Schimmel à Braunschweig (R.F.A.) Il ne s'agit plus de pianos français de modèle Gaveau, Erard ou Pleyel, mais de pianos Schimmel démarqués. Ainsi de nombreux acquéreurs de pianos Pleyel, après 1970, croyant se référer à la fabrication de leur rêve, achetèrent en fait un Schimmel. Il est touchant de constater que l'histoire des pianos Pleyel commence avec Ignace Pleyel en 1805 qui met son argent dans l'atelier d'un facteur de pianos originaire de... Braunschweig, Karl Lemme, et se termine par un accord qui donne la marque Pleyel à Schimmel de Braunschweig. Cet accord tiendra 25 ans.

Dans le courant des années 70, quelques cadres de Pleyel tentèrent de poursuivre une fabrication de pianos en France. Après avoir lancé un atelier à Montreuil, en 1970, ils fondent l'usine d'Alès (1974) dans le sud de la France avec la marque Rameau, présentée comme l'héritière de la tradition française.



Publicité des pianos Rameau - 1977
Publicité des pianos Rameau
in Europiano, Januar-März, 1977.
Collection Carl Esther.


Rameau aura une vie agitée. Ironie de l'histoire, la nouvelle fabrique est concurrencée directement sur le marché français par les Pleyel, Erard et Gaveau... de Schimmel. Le savoir-faire commercial n'est pas toujours à la hauteur de l'ambitieux projet de poursuivre une fabrication française. La société des pianos Rameau va de dépôt de bilan en faillite et reprise à la Bernard Tapie... Elle échoue dans les années 1990 dans une société de quasi import-export de pianos asiatiques... Les marques Gaveau-Erard-Pleyel finissent, elles, par devenir la propriété d'un consortium italien.



Vue de la fabrique d'Alès repeinte aux couleurs de Pleyel en 2004
Vue de la fabrique d'Alès. Ici, repeinte aux couleurs de Pleyel en 2004.


Entre alors en scène un deus ex machina : un milliardaire français, Hubert Martigny, féru de musique et amoureux de son épouse, la chef d'orchestre et pianiste Carla-Maria Tarditi. Il a racheté la Salle Pleyel au Crédit Lyonnais (C.D.R.) en 1998. Il ambitionne de la rénover car la Salle Pleyel est devenue un garage inutilisable (sécurité, acoustique, conditions d'usage obsolètes, etc.). Huit ans après et 30 millions d'euros d'investissement en prime, la nouvelle Salle Pleyel renait au XXIe siècle. En respectant plus ou moins le temple de la musique 1927, son esthétique de l'époque et son style Art déco, la nouvelle salle répond aux critères d'aujourd'hui (qui ne sont pas ceux de 1927 et de l'acousticien Gustave Lyon !) : sensation de présence de la source sonore, balance tonale, chaleur et clarté des sons, réverbération, etc.

Hubert Martigny va joindre à cette renaissance de la salle mythique Pleyel celle des nouveaux pianos Pleyel. Il rachète, dans la foulée de l'achat de la salle au CDR en 1998, les marques Gaveau-Erard-Pleyel au consortium italien et l'usine Rameau d'Alès à nouveau mal en point. L'usine prend le nom de Pleyel ; la société, Manufacture française de pianos . Les pianos qui y sont produits deviennent... des Pleyel. Erard et Gaveau sont abandonnés. Le renouveau des pianos Pleyel - vaste malentendu, car il s'agit de mettre le nom Pleyel sur de nouvelles fabrications et de le faire résonner avec la salle éponyme - est sur toutes les lèvres. Le 24 août 2006, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, mais déjà en campagne pour la présidence de la République, visite, en grande pompe l'usine Pleyel d'Alès. Avec son épouse d'alors, Cécilia, apparentée au compositeur et virtuose Isaac Albeniz qui connut les pianos Pleyel lors de ses études à Paris. Les responsables de l'usine présentent au futur président un prototype de piano à queue de concert Pleyel - le P280 - et une nouvelle ligne de pianos d'exception destinée à affirmer le renouveau de Pleyel. L'usine d'Alès sera fermée deux ans plus tard (décembre 2007) par Hubert Martigny qui la délocalise en Seine Saint-Denis (62 personnes et 3 apprentis travaillaient à Alès, 46 sont licenciées - Libération, 27 février 2007) pour faire un atelier haut de gamme livrant quelques dizaines de nouveaux pianos Pleyel (les pianos droits sont abandonnés). Suite de l'histoire à plus tard ... mais positivons : une fabrication de pianos, certes très réduite en quantité, existe de nouveau en France.

Ainsi, la nouvelle firme Pleyel, réimplantée récemment en Seine-Saint-Denis et en la salle Pleyel à Paris, fut pleine de projets. Des rééditions de meubles créés par des ensembliers renommés (Jacques-Emile Ruhlmann, René Herbst, Paul Follot, René Prou) et des créations d'artistes contemporains (Andrée Putman, Marco Del Re, Aki Kuroda, Jean Cortot...) ont été mises au catalogue de la nouvelle manufacture. Malheureusement, ces beaux projets allaient sombrer définitivement avec la fermeture de l'entreprise en 2014.





Épilogue :

La vie de la manufacture Pleyel nous montre les cours et les décours d'une histoire en fait déchirée dont la présentation relève plus souvent du conte de fée que de la réalité pure (et dure) ! Pourtant, une histoire s'est déroulée. Nous avons tenté ici d'en esquisser un panorama. Les premiers "Pleyel" sont des Karl Lemme. Les Pleyel fabriqués à partir de 1856 sous l'égide de Wolff aurait pû (dû ?) s'appeler Wolff et Cie, successeur de Pleyel. Après 1887, ceux de Gustave Lyon, qui correspondent à l'âge d'or de Pleyel, auraient dû s'appeler Lyon et Cie, successeur de Pleyel et Wolff. La firme a bien cessé d'exister corps et âme à partir de 1961 et définitivement en 1970. Les nouveaux Pleyel du XXe siècle devraient s'appeler Martigny, en suite de Pleyel, Wolff, Lyon, Rameau et Cie. Souhaitons leur bonne chance. Qu'ils aient beaucoup de petits et grands descendants. Un dernier conseil : c'est plutôt en ayant beaucoup de petits descendants que quelques grands que l'on ménage l'avenir... Et l'avenir en 2013 sera catastrophique : fermeture. Voir le bas de cette page.



Post-scriptum : la tradition Pleyel pose aujourd'hui quelques interrogations.

Les marques insistent souvent sur leur tradition de fabrication. C'est le cas de Pleyel en ce IIIe millénaire. Ce discours est souvent - pas toujours - faux. L'évolution des modèles et de la facture même des pianos, combinée à celles des firmes et fabriques, à quoi s'ajoute l'origine des matières premières et des fournisseurs, voilà la source de beaucoup de changement et de rupture.
Les pianos droits de style romantique fournissent un exemple de la manière dont la tradition Pleyel pouvait être présentée. En effet, c'est avec beaucoup de liberté qu'Arnaud Marion présente le piano droit Romantica "Pleyel" produit en 2005 à Alès (usine Pleyel) : "un piano Romantica produit depuis 120 ans : l'instrument des Jeunes Filles au piano de Renoir" avec la photographie suivante :



Pleyel modèle Romantica - Alès  Pleyel modèle Romantica - Alès 
Pleyel modèle Romantica, Alès.


Dans le catalogue Pleyel (2004) de présentation de ce piano, il est écrit : "Deux siècles de tradition et de savoir-faire sont ainsi réunis dans ce piano unique". C'est remonter à Karl Lemme et pousser le bouchon bien loin. N'allons pas si loin. Si le meuble est de même style, le piano n'a rien à voir avec le piano des Jeunes Filles au piano de Renoir peint en 1892.



Les Jeunes Filles au piano de Renoir - 1892
Les Jeunes Filles au piano de Renoir, 1892.


Ce dernier est un modèle Pleyel n°7, fabriqué à partir de 1890 environ. Il a des cordes parallèles, il n'a pas de cadre en fonte d'une seule pièce, il n'a pas de mécanique à lames, sa table d'harmonie est en épicéa des Vosges et le dessin des chevalets n'a également rien de commun avec le piano présenté par la nouvelle Manufacture Pleyel en 2005 ! Celui-ci est quasi le même que celui produit auparavant (en 1981) sous la marque Rameau (cordes croisées, cadre en fonte, mécanique Renner/Stuttgart identique, table en épicéa du Val de Fiemme, cordes Röslau, chevilles Klinke, etc.). En fait un piano moderne, quasi allemand.



Rameau modèle Antibes - Alès
Rameau modèle Antibes, Alès.


Au célèbre jeu de mot Traduttore, traditore, il faudrait ajouter Tradizione, traditore.


Novembre 2013 : patatras. "Fini les mazurkas, l'heure est à la marche funèbre chez Pleyel. Le fabricant français des célèbres pianos chers à Chopin s'apprête à fermer ses portes (...)" écrit Denis Cosnard dans Le Monde du 14/11/2013. Valse, variations, accord de résolution. L'histoire finale, la voici : depuis que M. Martigny s'est offert Pleyel, pour faire plaisir à son épouse pianiste, il y a dix ans, la stratégie pour remettre la fabrication française de pianos sur de bons rails a été désastreuse. Le divorce conflictuel du milliardaire et l'impasse dans laquelle la production de Pleyel avait été engagée ont conduit à la vente... à M. Calmels qui par ailleurs entend s'occuper du producteur de volailles breton Doux... et qui confie la direction de Pleyel à Bernard Roques, un ancien de Pinault... Belles perspectives ! Un professionnel voit ses propos repris dans Le Monde : "Celui-ci avait sans doute pour mission de fermer la société."

En 2000, Rameau-Pleyel à Alès produisait encore un bon millier de pianos avec près de 150 collaborateurs. Deux ans après la visite du président Sarkozy, fermeture ! Transfert dans un atelier de fabrication uniquement de pianos à queue Pleyel à Paris avec près de 70 collaborateurs. Novembre 2013 : il reste 14 personnes avec la fermeture imminente. Beau travail du patronat et des financiers de la France... Et triste fin, vraiment, comme le commente Le Monde, pour cette maison à laquelle l'Etat avait attribué le label Entreprise du patrimoine vivant. Vivant ? Avant de subir l'ultime injure, car il est à parier que Pleyel deviendra une marque commerciale... pour de petits bénéfices supplémentaires !




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